Juan Darién - L'enfant tigre |
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de Horacio Quiroga Adaptation et mise en scène: Miguel Ángel Cienfuegos
"Un conte latino-américain"
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Comédiens-conteurs: Clotilde Pichonnaz, Luisa Ferroni, Miguel Ángel Cienfuegos, David Matthäus Zurbuchen
Scénographie et costumes Fleur Marie Fuentes Valdebenito Musiques originales Mauro Garbani Couture Greta Urbani Lumières, technique de scène et construction Josef Busta Photographies Andreas Zurbuchen Durée ca. 80 minutes sans pause Note de mise en scène Durant ces dernières années, le Théâtre Paravento a axé principalement son travail sur la Commedia dell'Arte. De 1991 à aujourd'hui, plusieurs productions témoignent de cette démarche : notre univers théâtral s'est peuplé d'Arlequins, de Pulcinelle et de bien d'autres masques encore. Le comique a toujours tenu un rôle primordial. Avec la pièce « Juan Darién », le Théâtre Paravento change de cap, ou plus exactement, repart sur la trace d'un chemin esquissé plus tôt, avant le Teatro dell'Arte : celui d'un récit aux accents plus dramatiques. Ce n'est pas que « Juan Darién » ne fasse plus rire du tout, mais le comique, quand il apparaît, naît davantage de situations grotesques sur le fil du rasoir, là où il suffit de peu pour que le spectateur passe du rire au larmes. Pour la première fois en vingt ans, j'ai choisi un récit sud-américain affin de m'en donner à cur joie, en tant que metteur en scène sud-américain, face aux situations grotesques que l'on rencontre sur un continent où la réalité est souvent absurde -ou alors l'absurde constitue l'unique réalité tangible- et où celle-ci vacille continuellement, à l'image d'une balançoire toujours en mouvement. Il s'agit de représenter la précarité de la vie, bien présente dans le texte de Juan Darién, ce que nous avons cherché à exprimer à travers la scénographie, les costumes, la musique, et dans le jeu même, en la soulignant aussi par le biais d'une troupe de troubadours et de saltimbanques qui trouvent refuge dans la forêt, ainsi qu'une intarissable source d'inspiration pour leurs inventions. La tendresse, la poésie sont également très présentes dans « Juan Darién », et dans ce contexte de vie extrêmement précaire, elles deviennent la force qui permet de ne pas perdre l'optimisme, le sens de l'humour, et le désir de continuer à raconter et chanter la vie. Juan Darién - L'Enfant Tigre C'est l'histoire d'un tigre élevé parmi les hommes. Juan Darién, le petit tigre, est le symbole d'un amer constat : « l'homme et le tigre ne se différencient que par leur cur ». L'identité établie entre humains et animaux est surprenante : « Face à la loi suprême de l'Univers, une vie équivaut à une autre ». Juan Darién devient une sorte de « livre de la jungle » à l'envers. Quiroga nous présente l'autre face de la médaille : la cruauté, l'intolérance et l'anéantissement dont est victime un enfant de la nature quand il tombe aux mains de la civilisation. Si la forêt s'érige en loi, les hommes ne se distinguent guère des tigres. « C'est la forêt - dit le tigre -. Ce sont les hommes. Ils chassent, ils tuent, ils égorgent. » Juan Darién est une fable-tour à tour grotesque, tragique et drôle, sur l'intolérance, le refus de l'autre, des thèmes peut-être plus actuels que jamais dans notre société. En ce sens, il s'agit là d'une fable moderne, bien qu'écrite au début du XXème siècle. Elle démontre que Quiroga était un personnage doué d'intuition, un visionnaire capable de prémonitions à une époque où la forêt vierge ne faisait pas partie des priorités de l'humanité, mais représentait tout au plus un moyen d'assouvir quelque singulier désir d'exotisme. Quiroga lui confia quant à lui une place d'honneur en l'élevant au rang de littérature. Notre tâche est de saisir dans notre spectacle le monde exubérant, mystérieux et plein de trouvailles de tout genre que nous propose Quiroga.
La vie aventureuse d'Horacio Quiroga Horacio Quiroga est né le 31 décembre 1878 à Salto, en Uruguay, mais Sant'Ignacio di Misiones, une région perdue de l'extrême Nord de l'Argentine, reste le lieu qui a le plus profondément marqué sa vie et son uvre. C'est par hasard qu'il y arriva en 1903, accompagné de quelques archéologues argentins, affin d'y photographier les ruines de la mission des Jésuites. Il s'éprit de cette terre à demi sauvage, de cet espace aux confins de la civilisation et de la vie primitive et s'y installa avec son épouse en 1909. Son ami Cesar Tiempo raconte : « Il bâtit des maisons, planta des arbres, captura des serpents, fabriqua des violons ( ) Quiroga était doté d'une grande habileté manuelle et d'une imagination fertile, il modelait des céramiques, tressait des filets, construisait lui-même les meubles et les canoës, faisait des sacs et des ceintures en peau de serpents ( ) ». Dans sa grande plantation de Misiones, au bord du fleuve Yabebirí, Quiroga cultiva &endash;mais sans grand succès- oranges, coton, bananes et herbe maté. Cette terre lointaine et fascinante se retrouve dans les paysages de ses histoires et ses personnages reflètent bien la vie du pionnier, de l'homme qui aimait le risque et qui avait l'audace de se mesurer à une nature certes intacte, mais dure et cruelle. En témoignent les récits d'animaux parlants que Quiroga a écrit pour ses enfants Eglé et Dario, qu'il leur contait dans le silence des longues soirées passées en forêt. Sa vie fut aventureuse, agitée et fascinante. Tourmentée et douloureuse aussi, comme lorsqu'à la mort de son épouse, il demeura seul dans la forêt avec deux enfants en bas âge, qu'il s'appliqua à entourer de ses soins de père attentif et prévenant. Ses fables et autres récits, au nombre de deux cent environ, furent d'abord publiés dans des journaux et des revues. Ce n'est qu'en 1918, une fois rentré à Buenos Aires, qu'il rassembla lui-même ses écrits et qu'il les fit publier sous le titre de « Cuentos della selva » (Récits de la forêt). Poursuivant son activité d'écrivain, Quiroga vécut plusieurs années dans la capitale argentine, avant de retourner, toujours attiré par ce lieu solitaire à l'orée de la forêt, à Misiones, en compagnie de sa deuxième épouse. Contraint par la maladie à revenir à Buenos Aires, il y mourut en 1937. |
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